Ai-je trop pris à la légère la situation de Sylvain ?


Sylvain est arrivé à Imprime-Emploi fin novembre 2021. On m’a donné la responsabilité de faire le suivi psychosocial avec lui, ce qui va me permettre de le suivre presque tout le long de son parcours à Imprime-Emploi (I-E), avant qu’il parte en stage dans une autre imprimerie.  


Contexte 

Sylvain n’est pas quelqu’un qui parle aisément de lui-même. Il est réservé et ne fait que très peu de demande d’aide, que ça soit pour des démarches personnelles ou professionnelles. La difficulté que j’ai eu pendant plusieurs semaines, c’était de trouver ce que je pourrais bien faire pour l’aider à progresser. Comme stagiaire, nous avons probablement tous le besoin de nous prouver. En même temps, ayant une autonomie accrue en 2022 à I-E, je n’avais pas besoin d’inventer des démarches pour lui, même si mon égo me le demandait. J’avais tout de même remarqué, dans les premières rencontres, un clignement des yeux rapides qui s’est atténué au fil des rencontres. J’ai fini par ne plus me soucier de ce détail puisque Sylvain semblait être de plus en plus à l’aise.

Tableau 1. Plan de mobilisation de Sylvain1 

Analyse 

Tous les objectifs spécifiques ont été choisis et priorisés par Sylvain. La décision d’augmenter le remboursement des dettes était sur la table, il ne restait qu’à attendre les 27 de chaque mois. Nous avons déterminé les étapes pour renouveler le permis apprenti de conduite automobile et de démarcher la vaccination.  

Sylvain a le pouvoir de s’autodéterminer (Roc, 2013). Cela permet, en faisant des choix, d’augmenter la mobilisation (Khoury et Chaput, 2021). C’est pour cette raison que je n’ai pas argumenter pour convaincre Sylvain d’aller chez le dentiste, que j’ai accepté qu’il reporte cette démarche après son parcours même si je sentais que cette démarche pourrait finir par tomber à l’eau.  

Ma superviseure n’a pas fait de commentaire sur le report de ces démarches, mais j’ai l’impression qu’elle aurait été plus loin que moi pour mobiliser Sylvain. N’oublions pas que nous sommes dans un contexte d’employabilité. 

La priorisation des démarches étaient discutées à chaque rencontre et Sylvain avait toujours le dernier mot sur la suite des choses. Un savoir-faire très ancré à I-E qui ressemble beaucoup à l’approche par les forces mise de l’avant par Khoury et Chaput (2021)   

Mais à la fin de janvier, Sylvain me partage qu’il est stressé en pensant à l’entrevue pour un emploi permanent. Le 26 janvier il me dit que de répondre aux questions dans une entrevue, ça le stress. La pire question c’est : “pourquoi tu as quitté ton job ?”. Nous avons donc cette fois-là, répondu à la question avec les deux derniers jobs. L’objectif improvisé était de le préparer à répondre à cette question piège. Je pense avoir le souvenir que Sylvain avait cligné des yeux plus rapidement, mais je ne l’ai pas noté, alors que cet aspect avait été spécifiquement nommé par ma superviseure et moi 

En plus, j’avais pris à la légère mes rencontres avec Sylvain, mettant mon attention sur d’autres interventions. La rencontre suivante, je n’avais pas relu mes notes avant ce qui m’a amené à oublier le sujet du stress. 

Dans les deux dernières rencontres, je me suis repris en main. Des notes de suivis avec des citations. Une recherche de moyens en fonctions des besoins que Sylvain manifeste. C’est avec ces outils que je suis en train de préparer formellement le nouvel objectif du plan de mobilisation. Je me rappelle l’importance d’utiliser les mots de la personne en prenant des notes de suivi, ce que je n’avais pas respecté avec l’objectif général du tableau 1.0. Jamais Sylvain n'a utilisé le mot réguler ni le mot inquiétude d’ailleurs. Quand j’ai écrit dans la note de suivi que Sylvain a une inquiétude, je me souviens d’avoir douté de la formulation. C’est pour ça que je me souviens qu’il avait utilisé le mot stress. Je veux absolument avoir ses mots dans les objectifs pour qu’il s’y reconnaisse. Exemple :  “L’évaluation de mi-parcours me stress. Pour répondre aux questions, je ne suis pas un bon improvisateur. Si on me demande en entrevue, c’est sûr que je n’ai pas la job”. Mon hypothèse, c’est que par la préparation ensemble, nous pourrons diminuer l’anxiété et l’anticipation. J’impose un peu cette vision à Sylvain, mais je ne regrette pas. Il se lance à fond dans les moyens que je lui suggère et plusieurs collègues m’en font la remarque.

Tableau 2. Nouvel objectif du plan de mobilisation de Sylvain  

Je reconnais bien que j’aurais pu adresser la situation au moins deux semaines plus tôt à la fin janvier, j’ai perdu deux semaines où j’aurais pu travailler sur la préparation de Sylvain pour l’évaluation de mi-parcours, je l’avoue. La question qui m’interpelle, est-ce que j’aurais dû mettre sur la table la gestion du stress dès le départ, en partant de l’hypothèse des clignements des yeux rapides ? Je me souviens qu’au début décembre, c’était difficile de faire parler Sylvain, très difficile.  

Est-ce que le fait d’avoir attendu pourrait avoir eu un effet positif, puisque le lien de confiance n’était pas encore établi. Le fait que Sylvain ne semblait plus cligner des yeux rapidement, serait-il un signe que le lien relationnel était bien établi, pour que l’on puisse s’attaquer à des enjeux plus profonds. Si j’avais parlé de stress dès décembre, est-ce que cela aurait pu ralentir la syntonisation entre nous ? Je n’aurai probablement jamais la réponse, mais je pense que ça fera un excellent sujet de discussion dans ma prochaine supervision. 

 

Conclusion 

J’ai très hâte de présenter ce nouvel objectif à Sylvain. Ça devrait faire du sens car les moyens dans le plan de mobilisation ont déjà été testé dans deux rencontres. C’est un heureux dénouement d’avoir enfin du concret en lien avec l’employabilité. D’ailleurs, avant de partir, j’ai eu une discussion avec une des deux enseignantes d’I-E et elle s’est offerte pour prendre du temps avec Sylvain pour travailler sur les compétences socioprofessionnelles, sa spécialité à I-E. Je vois un lien avec le PSII. Nous avons trois disciplines à I-E et nous partageons des informations entre nous, seulement dans l’optique que ça aiderait grandement la personne aidée. Sans construire un PSII formel, c’est un peu ce qui se passe quand dans les rencontres d’équipes. En parlant des objectifs du plan de mobilisation avec les autres acteurs d’I-E, nous aurions tous la même vision des besoins de Sylvain et des moyens à utiliser pour le faire progresser dans ses compétences en employabilité. 

 

Note de bas de page

1. Le plan d'action est nommé plan de mobilisation à I-E


Bibliographie 

Ensemble vers un même horizon - Démarche pour réaliser un Plan de services individualisé (PSI) et intersectoriels (PSII) - Volet jeunesse [...], Laval, Agence de la santé et des services sociaux de Laval, 2007, 1 ressource en ligne, Collections de BAnQ. 

 

Khoury, E. Chaput, M. (2021). L’approche par les forces en santé mentale : entre confrontation et découverte sur le terrain. INTERVENTION 2021. 153. 43-60. 

 



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