Mettre ses limites et dire non
La semaine dernière, une de mes superviseures était en vacances. Je me suis alors installé dans son bureau. La porte ouvre directement sur le plancher de travail des employés en formation, ce qui permet d’avoir beaucoup plus de possibilités d'interactions.
Si vous vous souvenez de Mr A lors de l’analyse clinique, vous vous doutez qu’il est venu me voir plusieurs fois. Parfois pour faire une blague, d’autres fois pour dire qu’il n’y a rien à faire, une autre fois pour venir se réfugier dans le bureau dans un après-midi de découragement, etc.
À un moment, il vient me demander quelque chose au niveau personnel, Il me demande 1,50$ pour aller s’acheter une boisson gazeuse. Je n’ai pas de monnaie et je décide de ne pas lui prêter le 5$ que j'ai dans mon portefeuille. Je réponds non et j'oublie la demande. Le lendemain, il vient me demander si j’ai un téléphone. Notez qu’il ne demande pas s’il peut faire un appel, habitué à ces questions pièges, je réponds oui et je pointe le téléphone à ligne dure sur le bureau (sans mentionner que j’ai un cellulaire).
Bref, en réfléchissant à ses demandes, je réalise que plus ma relation s’approfondit avec lui, plus il est à l'aise de me demander des services à titre personnel. Je suis passé très près de lui prêter mon 5$, et de lui prêter mon téléphone pour qu’il puisse envoyer de l’argent à sa mère... C'est tellement difficile de ne pas accommoder une personne raisonnable. C’est facile de dire qu’il faut mettre ses limites et dire non, mais c’est vraiment difficile de déterminer nos limites de façon claire et compréhensible et de se respecter.
Dans le texte de Biron (2006), je souligne le concept d’épuisement professionnel qui est un danger réel lorsque l’on a de la difficulté à dire non autant auprès des collègues qu’auprès des personnes que l’on accommodent plutôt que de les accompagner.
En lisant le texte d’Hovington (2021), je suis content de voir que j’ai de bon réflexe réflexif (ressenti, analyse-hypothèse, généralisation, théories personnelles). J’ai eu l’impression que mon expérience à Cactus Montréal m’a permis de généraliser certains comportements problématiques, comme celles des demandes au niveau personnel, ce qui m’a permis de ne pas tomber dans le piège de dire oui à tout.
Daniel
Biron, L. (2006). La souffrance des intervenants : perte d'idéal collectif et confusion sur le plan des valeurs [1]. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 36, 209-224. https://doi.org/10.3917/ctf.036.0209
Hovington, S. (2021). Le stage dans les métiers relationnels: Profiter pleinement de son expérience. Editions JFD. 116-126
Wow c'est super intéressant de voir que tu as développé un le lien de confiance aussi fort avec Mr. A, j'ai l'impression que tu es facile d'approche et que ça joue à ton avantage! Comme tu le dis, lorsque le lien de confiance est assez avancé, il peut y avoir un danger que la personne ne nous perçoit plus comme un professionnel, mais plutôt comme un ami à qui l'on peut demander des services. Je pense donc qu'il serait important de rappeler ton rôle à Mr. A, pour qu'il réalise que tu ne peux pas franchir les limites qui viennent avec ton rôle de stagiaire (ou travailleur social/intervenant). Peut-être que d'expliquer la raison derrière ton refus de lui prêter ton argent ou ton cellulaire personnel pourrait solidifier ta posture professionnelle et le regard qu'il porte sur toi.
RépondreEffacerBonjour Daniel,
RépondreEffacerIl est intéressant de lire la position que tu as choisi en mettant tes limites. Ayant une certaine expérience d'intervention également, il est vrai que parfois, il est difficile de dire non pour différentes raisons; volonté de vouloir aider, peur de blesser l'autre, peur de briser un lien privilégié. Je félicite ton réflexe du refus ainsi que la réflexion effectuée face à ta posture. Je pense également qu'il importe de mettre une distance claire entre les aspects professionnel et personnel, car il est possible que si tu avais accepté ces demandes, il en aurait effectué plusieurs autres et lorsque tu aurais refusé à un moment, il aurait réagit puis le lien ce serait brisé. Maintenant, il sait à quoi s'attendre de toi et où se trouve le cadre professionnel. Comme tu le soulignes, lorsqu'on en fait trop par bien vouloir, l'épuisement professionnel peut survenir et il est difficile de se reconstruire. Aussi, nous pouvons tomber en contre-transfert* avec l'autre, qui risque de sentir notre irritabilité. Bref, je pense que c'est tout à ton avantage d'avoir instauré une limite claire et de poursuivre la réflexivité sur ce que cela te fais vivre de dire non, pourquoi tu le ressens et sur la pertinence de le mettre en pratique.
*Brunschwig, H. (2001). Transfert et contre-transfert, deux leviers solidaires et puissants du travail analytique, no 2, 91 à 100. //www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2001-2-page-91.htm