Intervenir et se réajuster

La semaine dernière, c'était l’évaluation de mi-parcours de Mr S, chez Imprime-Emploi. Un formateur technique, une enseignante du CREP, une intervenante psychosociale et moi étions présent. L’objectif étant de refléter les forces et les défis ainsi que de donner une note à chaque critère d'évaluation. 

Sommes toutes, les notes et les commentaires sont bons, mais lorsque nous abordons le sujet de la concentration, nous voyons bien que l’expression du visage de Mr S changePlusieurs fois nous revenons sur des exemples où il avait été absent momentanément, en lui demandant de travailler sur sa concentrationÀ chaque fois, il mentionnait qu’il parlerait de sa médication à son médecin, alors que notre discours tournait autour de trucs qui permettrait à Mr S de se rende compte de lui-même qu’il est dans la lune 

De retour chez moi, je réfléchie sur le fait que si le problème viens de la médication, qui est là pour calmer des symptômes de nature psychotique, qu'il se pourrait que Mr S ne puisse pas vraiment se rendre compte de ses absences par lui-même. J'étais troublé en pensant que possiblement nous étions en train de le diriger vers un échec si les problèmes de concentration venaient d'un dosage des médicaments mal ajusté par exemple. L'intervenante (ma superviseure) était à ce moment en vacances, et m'avais tout de même envoyé un courriel où elle décrivait un ressenti similaire au mien. Elle me demanda d’aller rencontrer Mr S seul à seul pour revenir sur l'évaluation et d’enquêter à savoir comment se portait son morale suite à l’évaluation. 

Mr S m’expliqua qu’il savait que cela lui arrivait à la maison avec sa femme, mais pensais que c’était normal pour un homme de se déconcentrer, quand sa femme lui faisait des reproches. Il avait donc été très surpris et même inquiet. J'ai pu tout de même le féliciter des démarches qu'il avait fait, de 1- demander à son superviseur technique de lui dire chaque fois qu'il serait dans la lune et de 2d'en parler à son orthopédagogue qui lui avait effectivement confirmer qu’ils pourraient travailler ensemble sur des exercices pour améliorer la concentration.  

Lorsque j’ai pu partager mes réflexions à ma superviseure, nous avons conclue d'encourager Mr S à utiliser tous les outils à sa disposition (exercices du l’orthopédagogue, ajustement des médicaments, aide sur le plancher). 

Un questionnement me reste en tête, devrions-nous préparer Mr S à communiquer son diagnostic à un futur employeur si le problème de concentration persiste ? À suivre...  

Commentaires

  1. J'ai lu le texte de White et Epston (2003) après avoir composer mon billet et en me rappelant à quel point Mr S était soucieux de la situation, je me demande si d'externaliser le problème aurait pu aider. Par exemple en transformant le problème en personnage ayant ses propres objectifs et intérêts, tout cela avec une touche d'humour, aurait permis de dédramatiser la situation. Malheureusement, une approche narrative de cette nature n'aurait probablement pas été pertinente dans une évaluation à quatre intervenants, mais pourrait l'être dans des rencontres individuelles à mon avis.

    White, M. K., & Epston, D. (2003). Les moyens narratifs au service de la thérapie. Satas.

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  3. Bonjour Daniel!
    Bravo pour cette intervention et du professionnalisme dont tu as fait preuve en l’absence de ta superviseure! Après lecture, j’ai compris que monsieur S est bien conscient de son problème de concentration et n’était pas confortable à l’aborder avec vous pendant cette évaluation. En faisant un retour sur ton intervention, je pense que tu as fait « une réflexion » sur ton action au regard de Schön qui dit que la réflexion « sur » l’action te donne l’opportunité d’apprendre de nouvelles façons de faire dans la recherche de la résolution d’un problème difficile et tant qu’intervenants nous devons être capables de donner un autre sens à un problème et considérer de nouvelles méthodes d’intervention (Guillemette, 2016). Tu t’es en effet remis en question sur ta lecture du problème de concentration de monsieur S et cela t’a permis et le voir sous un autre angle et de mieux ajuster ton intervention. Tu lui as permis une meilleure prise de conscience du problème et j’espère que les ressources en présence que tu as nommées sauront l’aider à trouver une meilleure concentration.
    Rahila...



    Guillemette, F.(2016). Introduction : la pratique réflexive, tout le monde en parle, mais…. Approches inductives, 3(1), 1–6. https://doi.org/10.7202/1035192ar

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